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"
Insertions " : le journal de bord de trois
conseillères en mission locale
Rendre
compte de la réalité de leur action
au quotidien, tel est lobjet de ce travail
déquipe, édité par
la mission locale de Nantes Métropole.
La
mission locale, toutes portes ouvertes
Accompagner
les jeunes dans leur insertion, cest la
raison dêtre des missions locales
dont le travail est certes largement reconnu,
mais aussi le plus souvent méconnu au
quotidien. On le sait, ces professionnels sont
en contact direct avec les jeunes, chargés
de trouver les solutions concrètes qui
facilitent leur insertion professionnelle, mais
aussi daplanir les difficultés
tant matérielles quexistentielles
qui les empêchent davancer dans
la vie. Rien de très simple assurément
!
Peut-on
mesurer lampleur et la complexité
de la tâche des conseillers et la souffrance
dans laquelle se trouvent certains jeunes, sans
être confronté directement à
ces situations ? Tel est lobjet dInsertions,
document dune centaine de pages, qui accompagne
le rapport dactivité 2005 de la
mission locale de Nantes. Jean-Marie Terrien,
son directeur, avait demandé à
son équipe de tenir un journal de bord
tout au long de l'année. Ce récit
à trois voix des « conseillères
en accompagnement renforcé », Marianne
Lesaint, Régine Lescaut et Sandrine Pinson,
permet de cerner au plus près la réalité
sociale et la problématique de linsertion.
80 jeunes et moi et moi et moi
Ce
sont près de quatre vingt jeunes, de
16 à 25 ans, qui sont reçus au
moins une fois par semaine par une conseillère
en accompagnement renforcé de la mission
locale de Nantes. Certains sont régulièrement
absents aux rendez-vous qui leur ont été
fixés, dautres dissimulent longtemps
leur détresse avant darriver à
en parler, dautres encore sont tellement
éloignés de lemploi, quil
faudra ramer longtemps à leurs côtés,
avant quils ne parviennent à sen
rapprocher.
Etablir
une relation de confiance avec un jeune, le
plus souvent en manque de repères, est
essentiel. Il convient davoir suffisamment
dénergie pour le motiver, linciter
à faire des choix raisonnables et cohérents
et le convaincre dadopter un comportement
qui permette sa socialisation. Pour autant,
il est hors de question de prendre des décisions
à sa place et de construire un projet
qui ne soit pas le sien. « Les jeunes
viennent librement. Dans leur parcours, nous
sommes un adulte référent auquel
ils se confrontent, dans leurs échecs
et leurs réussites ».
Maintenir le lien
Ecouter
longuement, accepter les rendez-vous manqués,
les omissions
pour remettre les pendules
à lheure, construire une stratégie
commune, une fois la confiance installée.
Assumer le rôle de confidente, mais aussi
dadulte responsable qui informe, conseille,
pose des limites, maîtrise et contrôle
la situation
, alors quil est par
ailleurs difficile de trouver un emploi. Ce
travail de fourmi et déquilibriste,
fin et sensible, nest pas tous les jours
évident à réaliser pour
les conseillères. Ces « face à
face » et « suivis » des jeunes,
demeurent pourtant la part la plus riche de
leur vie professionnelle.
Dans
leur organisation du travail, les conseillères
soulignent l'intérêt des «
tripartites », ces réunions avec
le jeune et son formateur ou l'encadrant ou
le travailleur social qui le suit. Au milieu
des rendez-vous, des conversations téléphoniques,
qui sont autant de moyens de consolider les
liens avec les jeunes, les conseillères
doivent également prendre le temps de
gérer « l'administratif ».
Il ne faut pas se laisser déborder, car
cest une part non négligeable du
travail, chaque acte professionnel se traduit
par un document.
Les trop nombreux dispositifs
Difficile
de ne pas sénerver parfois contre
« les dispositifs qui nous dégringolent
dessus, sans cohérence, et que l'on doit
comprendre, s'approprier, puis expliquer aux
jeunes » comme le souligne Sandrine Pinson.
Les trois conseillères évoquent
le CSAJ (contrat de soutien à l'insertion
et à l'autonomie des jeunes), destiné
aux jeunes de 18 à 25 ans sans ressources
et lancé en octobre 2004 par le Conseil
général de Loire-Atlantique, le
CIVIS, lancé quelques mois plus tard,
et le cumul possible, pour un jeune, du CSAJ,
du PLIE (Plan local pour linsertion et
lemploi), du CIVIS et du PAP (programme
d'action personnalisé)...
Superposition
des dispositifs, rapidité des changements,
multiplication des acteurs
»Quelle
cohérence dans tout ça ? »
s'interroge Régine Lescaut. « On
se rend compte que c'est politique
Le
jeune est-il vraiment pris en compte ? ».
« Les dispositifs ne sont que des outils,
des moyens, et nous devons rester neutres face
à tous les dispositifs existants »,
rappelle Marianne Lesaint. Il faut malgré
tout expliquer les choses aux jeunes : «
On fait des raccourcis ou on donne juste le
cadre, et on passe sur les détails »,
reconnaît Sandrine Pinson. « Certains
dispositifs sont complexes, et je dis au jeune
: tu signes, je t'expliquerai au fur et à
mesure
». Marianne Lesaint, elle,
cherche dans le dispositif l'exemple qui intéressera
le jeune, et se concentre sur ce cas concret
Sources
:
- « Insertions » récits dun
métier ». Marianne Lesaint, Régine
Lescaut et Sandrine Pinson, Mission locale de
Nantes Métropole. insertions@missionlocale-nantes.org
- « la mission locale de Nantes Métropole
publie le journal de bord de trois conseillères
en insertion » AEF du 17 mai 2006.
-
« Plan emploi des jeunes en ZUS: 413 980
entretiens individuels ont été
réalisés par les missions locales
et l'ANPE » AEF du 23 juin 2006.
Voir aussi sur expert : PAIO et missions locales
: comment innover dans le social
Nicole DANVERS, juillet 2006 nicoledanvers@cidj.com
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