|
Les jeunes et les métiers de linformatique
: entre attirance, rejet et méconnaissance
du secteur
Désireux de
comprendre les raisons pour lesquelles les jeunes
ne se tournent plus vers les carrières
informatiques, alors que lemploi est à
nouveau au rendez-vous, le Syntec Informatique,
Observatoire des métiers et qualifications
du secteur, a mené sa propre enquête...
intéressante à plus dun
égard.
Une
étude sur mesure
Létude
commandée par le Syntec Informatique
a été réalisée en
deux temps. Entre juin et juillet 2006, une
série dentretiens approfondis ont
été menés auprès
de jeunes lycéens et étudiants
de tous types, mais aussi avec de jeunes professionnels
du secteur ayant deux à trois ans dexpérience
en SSII (sociétés de service en
informatique) et chez les éditeurs de
logiciels. Des professionnels de lorientation
des jeunes et des responsables ressources humaines
du secteur ont également été
interrogés. Dans un second temps, en
septembre et octobre 2006, une enquête
sur Internet a permis de recueillir le point
de vue de plus de 1 000 jeunes de 15 à
24 ans et de 300 jeunes professionnels de 20
à 26 ans.
Le Syntec Informatique
Chambre syndicale professionnelle des sociétés
de services et d'ingénierie informatiques
et des éditeurs de logiciels, Syntec
représente près de 1 250 groupes
et sociétés françaises
spécialisées dans les professions
de l'ingénierie, des services informatiques,
des études et du conseil, de la formation
professionnelle. En savoir plus : www.syntec.fr
Des
bugs dans la communication
Des
métiers essentiellement masculins, techniques,
un travail en «solitaire » avec
un mode de communication parfois proche de lautisme,
Ce type de stéréotypes, attachés
aux métiers de linformatique, et
véhiculés par les médias,
sont repris par un bon nombre dinterviewés
qui ne connaissent pas la profession de lintérieur.
Selon eux, linformaticien serait enfermé
dans son monde, confronté à la
seule technique, dans des entreprises où
il pourrait être exploité.
Ces
images négatives de la profession, mises
en évidence par le volet qualitatif de
létude, font écran à
lengouement que pourraient susciter ces
métiers, notamment chez les filles qui
se trouvent déjà exclues du champ
des études scientifiques en général.
Les
entretiens approfondis avec les jeunes et les
professionnels révèlent par ailleurs
la problématique de lorientation
généraliste et tardive, encouragée
par la culture française. Les meilleurs
ne se spécialisent quaprès
avoir suivi un cursus dexcellence, ce
qui ne facilite pas la connaissance et linitiation
des jeunes aux métiers basés sur
les sciences et techniques.
Les
titulaires des bacs + 2 (BTS, DUT) pensent,
quant à eux, avoir aujourdhui tout
intérêt à poursuivre leurs
études pour essayer dobtenir un
diplôme supérieur alors quil
existe des débouchés à
leur niveau. Ce phénomène est
renforcé par des entreprises du secteur
qui semblent se focaliser sur des recrutements
de haut niveau. Quant aux jeunes issus des filières
de haut niveau, soit ils viennent à linformatique
par passion, cette dernière couvant sous
la cendre depuis de nombreuses années
déjà, soit par le plus grand des
hasards.
A qui la faute ?
Parents
et professeurs restent marqués par le
souvenir des plans sociaux engendrés
par la crise du début des années
2000. Aussi, sont-ils pessimistes quant à
lavenir dans un secteur récemment
porteur de précarité et dincertitude.
Les
conseillers dorientation psychologues
et les enseignants ont des difficultés
à appréhender les métiers
de linformatique. Leur méconnaissance
des entreprises est en général
très forte et celle du secteur en particulier.
Les entreprises quant à elles, communiquent
très peu sur leur savoir faire. Ce sont
les produits finis réalisés par
dautres entreprises à partir des
applications de linformatique qui sont
valorisés et non les entreprises qui
créent les logiciels et en conçoivent
les applications. Les entreprises sont dailleurs
très peu présentes dans les grands
médias et dans les écoles.
Le
vocabulaire technique utilisé par les
professionnels, compliqué pour les néophytes,
ne facilite pas la communication et la compréhension
des différents métiers et fonctions
de linformatique. Ainsi, les étudiants
en informatique ont-ils globalement du mal à
expliquer ce quils font et les jeunes
salariés « haut-de-gamme »
du secteur, renoncent-ils souvent à parler
de ce quils font à leur entourage,
ce dont ils souffrent de par ailleurs.
Un univers réserve
aux passionnés ?
Les
jeunes étudiants interrogés sur
Internet émettent également des
jugements négatifs concernant la profession
et rejoignent en cela le discours rencontrés
lors des entretiens approfondis. Ainsi 55 %
des jeunes pensent que lunivers informatique
est trop « masculin » (55 %), quon
y travaille trop en solitaire (43 %) et quon
y valorise trop les compétences techniques
au détriment des qualités humaines
(51 %). 66 % dentre eux pensent quil
faut vraiment être passionné par
linformatique pour pouvoir sy épanouir.
Linformation et lorientation
des jeunes, aujourdhui professionnels
Dans
le choix de leur orientation professionnelle,
les jeunes professionnels disent avoir fait
preuve dune grande autonomie. Sils
reconnaissent avoir été influencés
par leurs proches parents ( 20 %) et amis (15
%) ou professionnels du secteur (15 %), ils
estiment à 76 % sêtre déterminés
en fonction de leur goûts personnels et
dinformations trouvées par eux-mêmes
sur Internet, dans la presse, les magazines
TV ou radio... Linfluence dun conseiller
dorientation nintervient quà
hauteur de 3 % dans leur choix.
Les
deux tiers des jeunes professionnels considèrent
les stages en entreprises et les sites Internet
spécialisés dans linformatique
comme les vecteurs les plus efficaces pour sinformer
sur les métiers (61 %). 51% dentre
eux disent cependant avoir consulté les
sites Internet spécialisés sur
les métiers et lorientation. Les
revues spécialisées (47 %), les
annonces demploi (42 % ), les partenariats
entreprises/écoles ou universités
interviennent à hauteur de 36 % dans
leur information et les forums étudiants
à hauteur de 33 %.
Les
raisons du choix des professionnels
Linformatique
est une passion et un secteur « où
lon apprend sans cesse des choses nouvelles
», est cité par 92 % des jeunes
professionnels. « Linformatique
est de plus en plus indispensable, un vrai métier
davenir » arrive en 2e position
dans leurs discours avec 83 % des voix, tandis
que : « quelque soit le niveau où
on débute, on peut progresser si on le
souhaite » arrive en 3e position (80 %
des dires). Enfin, lidée que «
ce sont des métiers qui permettent de
travailler sur les grands projets dentreprises
» arrive en 5e position avec 75 % des
voix. Viennent ensuite : la possibilité
de choisir entre une grande diversité
de métiers et de se renouveler (67 %),
les nombreux contacts avec les utilisateurs
et les clients (62 %), le fait quil y
ait de nombreuses créations demplois
(59 %), quon y assume de vraies responsabilités
(58 %) et lopportunité de travailler
à linternational (57 %).
Susciter des vocations
Face à la désaffection des jeunes,
Syntec Informatique, intensifie ses efforts
pour briser les idées reçues et
donner aux jeunes la possibilité de découvrir
la réalité des métiers
du secteur. Depuis le 15 mars 2007, le jeu www.changeursdumonde.com
donne sur Internet lopportunité
aux 15/24 ans de se voir confiées des
missions et dexplorer ainsi la richesse
des parcours professionnels empruntés
par les informaticiens. Seuls, en groupe et
jusquau sein de leur classe décole,
dans la peau de Bill Gates et de quelques autres,
les jeunes vont pouvoir découvrir les
multiples aspects de la vie des professionnels
de linformatique au travers de jeux de
rôles sur Internet.
Les
jeunes étudiants « attirés
»
Dans
sa définition la plus large, le métier
suscite cependant un attrait indéniable.
Si le choix de linformatique, des technologies
de linformation et des télécoms
arrive en 3e position quant au choix du métier
que lon aimerait exercer plus tard, avec
37 % des voix, il arrive en en 1ère position
chez les étudiants de sexe masculin,
avec 55 % des voix, mais ne gagne que 20 % des
voix des filles. Parmi les jeunes qui, de par
leur formation, peuvent prétendre faire
des études en informatique et souhaitent
en effet y faire carrière, on rencontre
59 % dhommes et 30 % des femmes.
Linformation et lorientation
des jeunes étudiants
Les
étudiants discutent de leur orientation
avec leurs amis (98 %), leurs parents (80 %),
des professionnels du secteur (40 %), des professeurs
(39 %), des conseillers dorientation (4
à 5 %). Leur principale source dinformation
concernant les métiers est Internet (86
%) qui domine largement les autres sources dinformation
(guide, forum, revues pour 45 %). La consultation
des guides spécialisés (Onisep,
Etudiant...) intervient pour 49 % dans leurs
choix, 57 % pour les filles. Les étudiants
vont par ailleurs chercher linformation
auprès de centres dinformation
et de documentation spécialisés
sur lorientation et les métiers
dans 38 % des cas, les filles sy rendant
plus souvent (44 %) que les garçons (31
%). Les forums étudiants sont fréquentés
par 40 % dentre eux.
Comme
les jeunes professionnels, les jeunes étudiants
sont attirés par linformatique,
secteur où on apprend des choses nouvelles
(90 %), qui débouche sur un vrai métier
davenir (82 %), où lon peut
progresser si on le souhaite (66 %), qui facilite
la communication entre les gens (66 %), ouvert
sur le monde (63 %), qui permet de travailler
sur les grands projets des entreprises (60 %),
dexercer de réelles responsabilités
(58 %) et de travailler à linternational
(55 %).
Source
: « Attractivité des métiers
de linformatique auprès des jeunes
générations ».
Etude du cabinet Sociovision Cofremca pour Syntec
Informatique.
Lire
aussi :
-
Logiciels et services : susciter des vocations
- Logiciels et services : la croissance et lemploi
au rendez-vous
-
Fiche ACTUEL-Cidj n° 2.884 : Les métiers
de l'informatique
---------
Nicole
DANVERS, mars 2007 NicoleDanver@cidj.com
|